Cet homme qui éternue dans la file d'attente du bus est-il dangereux pour moi ? Dois-je vraiment aller au restaurant ? Ou même prendre les transports publics ?
Alors qu'une grande partie du monde sort progressivement du confinement et que nous retrouvons notre environnement d'avant le Covid-19, comment éviter d’être infecté par le virus. Le nouveau coronavirus a imposé de la distance entre les personnes. S'embrasser, s'étreindre, se serrer la main est déconseillé, la pandémie étant loin d'être terminée. Reportage…
Le risque d’attraper le COVID-19 diminue de 80 % lorsque l’on est à au moins un mètre de distance des autres et baisse encore de moitié lorsque l’on respecte une distance de deux mètres, d’après une importante étude canadienne.
Garder une certaine distance avec les autres est l’un des gestes barrières qui nous sont imposés. On ne peut pas, si l’on respecte ces règles, d'embrasser nos proches ou de les étreindre sauf si on est sûr qu'ils ne sont pas malades.
Les quarantaines ont toujours existé, mais la distanciation sociale n'a jamais été établie de façon aussi ferme. Le confinement est une pratique ancienne. La distanciation sociale me semble plutôt nouvelle. Et cela est inédit. Le terme « distanciation sociale » me gêne. On devrait plutôt parler de distance physique. Dans le temps, il y avait certainement plus de distanciation sociale, je l’entends au sens qu’il y avait des différences de statuts qui impliquaient des distances physiques. Aujourd’hui, il faut faire attention car cela peut engendrer une certaine confusion et c’est plutôt la distance physique qui est demandée.
Les études sur la proximité de l'anthropologue américain Edward T. Hall (théorie développée dans son livre La Dimension cachée, ndlr) montrent que la distance entre des personnes varie en fonction de leur relation : sont-ils des amis, des amants ou des gens qui ne se connaissent pas ? Cette distance qui se crée, on la vit sans la formuler. Ce que l’on ressent comme étrange aujourd’hui, me semble-t-il, c’est le fait de voir des amis et de maintenir avec eux une distance d’un ou deux mètres alors que la distance amicale est plutôt de 50 centimètres. Cela brouille les canaux de communication. Puis il n’y a pas d’embrassade, d’accolade… tous les rituels sont brisés et on ne sait plus très bien comment se dire bonjour.
Pour nos rapports amicaux, je crois que cela ne va pas changer beaucoup car ce qui est déterminant, c’est le capital que l’on a. C’est plutôt la qualité de nos rapports amicaux qui est importante. Pour les rapports avec l’autre, avec l’étranger, celui qu’on ne connaît pas, notre méfiance va être plus grande. Les signaux que l’on reçoit d’autrui sont importants car nous appartenons à un groupe. Et nous cherchons beaucoup d’informations auprès des autres, des indicateurs comme le sourire, le regard etc. Et effectivement, le masque et la distance réduisent le potentiel des indicateurs dont on peut disposer. Puis le contexte est important : Rencontrer un étranger dans un cadre que l’on connaît ou auquel on est habitué est tout à fait différent que rencontrer un étranger dans la rue… Pour les rapports amoureux, cela ne changera pas pour les gens qui vivent ensemble. En revanche, pour les nouveaux contacts amoureux, il y a des surprises. Car normalement, le contact répond à des codes qui s’opèrent de façon subtile. Désormais, il va falloir innover ! Je crois que les amoureux potentiels apprécieront les nouveaux indicateurs. Il y aura certainement plus de gestes activés, peut-être davantage d’humour…
Selon les médecins, la plupart des gens sont contaminés chez eux par un membre de leur famille, qui transmet le virus aux autres membres de la famille par contact prolongé.
Mais qu'en est-il à l'extérieur ? Sommes-nous en danger lors de notre promenade quotidienne dans le parc ? Ce joggeur inconsidéré sans masque facial va-t-il me transmettre la maladie ?
Probablement non, disent les experts. Cela signifie qu'il est peu probable que vous soyez exposé au virus pour l'attraper.
Pour être infecté, vous devez être exposé à une dose infectieuse du virus. Sur la base des études effectuées avec le MERS et le SRAS, certains estiment qu'il suffit de 1 000 particules virales du CoV2-SARS pour qu'une infection ait lieu.
Ce chiffre fait l'objet de nombreux débats et doit être confirmé par l’expérience, mais il constitue une référence utile pour démontrer comment l'infection peut se produire.
On peut atteindre ce chiffre de différentes manières : « on peut recevoir 1 000 particules virales en un seul souffle... ou 100 particules virales inhalées à chaque respiration sur 10 respirations, ou 10 particules virales sur 100 respirations. Chacune de ces situations peut conduire à une infection », explique Erin Bromage, immunologiste et professeur associé de biologie.
Cela signifie que passer très peu de temps avec des personnes infectées est peu susceptible de nous donner une dose infectieuse et donc de nous contaminer.
Selon une étude parue dans The Lancet, le port du masque et le respect des distances sociales sont les éléments les plus importants pour limiter le risque de contamination.
Porter un masque de protection dans la plupart des endroits fermés, ne pas se serrer la main, éternuer dans son coude, laisser une certaine distance lors des interactions sociales, etc. Autant de nouvelles habitudes qu’il faut respecter au quotidien pour limiter au maximum la propagation du coronavirus. Selon une nouvelle étude publiée dans The Lancet le 1er juin, l’utilisation d’un masque et le respect d’une distance physique sont les deux éléments les plus efficaces pour freiner la transmission du virus. Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé 172 études dans 16 pays différents sur six continents.
Ainsi, comme le détaillent les chiffres rapportés par CNN, la probabilité de transmission à une distance inférieure à 1 mètre est de 12,8%. Elle diminue ensuite au fur et à mesure que la distance augmente. En effet, elle passe à 2,6% pour une distance supérieure à un mètre. D’après l’équipe scientifique, une distance de deux mètres est encore plus efficace.
Concernant l’efficacité du masque de protection, CNN rapporte que le risque de transmission est de 17,4% sans masque mais qu’il tombe à 3,1% avec un masque. Un bémol toutefois, la certitude des preuves est dite faible par les chercheurs. « Dans les trois questions, les preuves semblent soutenir les mesures de protection. Par exemple, rester en moyenne à 1 mètre des autres personnes semble réduire de 80% los chances d'attraper le Covid-19. Le port d'un masque ou d'un couvre-visage semble réduire le risque de 85%. Et le port de lunettes ou d'un écran facial semble le réduire de 78% », a déclaré Trish Greenhalgh, professeur de soins de santé primaires à l'Université d'Oxford, citée par CNN.
Dans ce même contexte et selon cette enquête publiée dans la revue The Lancet et financée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le risque d’être contaminé est en moyenne de 12,8 % à proximité d’une personne infectée par le COVID-19 si l’on ne respecte pas les règles de distanciation sociale.
En respectant une distance d’un mètre ou plus, ce risque chute à 2,6 %, soit une baisse relative de 80 %. De plus, pour chaque mètre d’éloignement supplémentaire, le risque de transmission baisse de moitié.
Ces résultats ont été obtenus à la suite d’un recensement scientifique basé sur 172 études provenant de 16 pays publiées depuis plusieurs années à propos de trois infections respiratoires : le COVID-19, mais aussi le SRAS et le MERS, ces deux derniers étant plus anciens et donc mieux documentés.
Cette méta-analyse a aussi permis de constater que le port du masque et de protections oculaires réduit grandement le risque de transmission du virus.
« Notre principal constat est qu’une distanciation physique d’environ un mètre ou plus procure probablement une large protection contre une infection », indique l’auteur principal de l’article et professeur à l’université ontarienne McMaster, Holger Schünemann, lors d’une entrevue avec Le Journal.
Ces résultats alimentent le débat concernant la distanciation physique dans les endroits du monde où elle est de deux mètres (sauf entre les membres d’un même foyer), comme c’est le cas au Québec.
Plusieurs pays et l’OMS se contentent pourtant de recommander une distance d’au moins un mètre.
M. Schünemann ne veut pas trancher ce débat, mais ses travaux ne contredisent pas la règle des deux mètres. Au contraire, « les preuves disponibles suggèrent que deux mètres pourraient être plus efficaces qu’un mètre », dit-il.
Le scientifique martèle aussi que tout est une question de contexte et qu’il ne faut pas croire que les estimations de son équipe s’appliquent à toutes les situations.
Des facteurs comme le lieu (ouvert ou fermé), la durée d’exposition ou encore la charge virale reçue font énormément varier le risque de contracter la COVID-19.
Invitée à commenter cette étude, l’épidémiologiste québécoise Caroline Quach-Thanh est d’avis qu’il faut continuer de prôner les deux mètres au Québec. « Quand on dit deux mètres, on sait très bien que les gens sous-évaluent tout le temps, alors on a tendance à se ramasser à un mètre, un mètre et demi. Le but de viser deux mètres est que le risque soit effectivement deux fois moins grand », fait-elle remarquer.
https://www.bbc.com/afrique/monde-52799032